Le racisme, est-il vraiment un thème de votre roman ?
- Claire-Eliane Delhove
- 23 févr. 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 sept. 2025
Dans la littérature et dans les productions audiovisuelles, j'ai plusieurs fois constaté une mauvaise utilisation du terme racisme.
Il existerait par exemple un racisme anti-magicien ou encore un racisme anti-robot. Sauf qu'en fait, non. Ou du moins, tout va dépendre de la construction de votre univers et de ce qui entoure la discrimination envers certains de vos personnages.

Le racisme, c'est quoi ?
Le racisme implique une pensée de supériorité selon laquelle une prétendue race est meilleure qu'une autre. Il peut prendre la forme d'une discrimination, d'un discours de haine ou d'un délit de haine.*
Le racisme va en effet au-delà des insultes qui ciblent la couleur de peau : c'est une idéologie construite pour justifier la domination des populations non-blanches durant l'ère coloniale, dans la continuité de l'esclavage. Le racisme est construit scientifiquement, mais également socialement, et il évolue selon les lieux et les époques. C'est donc un non-sens de parler par exemple de racisme anti-jeune ou de racisme anti-riche, car il n'y est pas question de race même socialement construite.
On fait parfois une distinction entre plusieurs sortes de racisme :
Le racisme quotidien se manifeste dans la vie de tous les jours, par exemple dans des propos racistes en rue.
Exemple dans un roman : "Les orcs, vous êtes vraiment tous stupides !"
Le racisme structurel (institutionnel) touche à des mécanismes structurels de discrimination, par exemple dans le domaine du logement ou de l’enseignement.
Exemple dans un roman : "Les orcs ne devraient pas vivre dans les mêmes quartiers que les autres, ils ont des mœurs bizarres."
Le racisme organisé concerne des groupes de personnes qui s’organisent autour d’une idéologie et qui cherchent ainsi, par la stigmatisation, la marginalisation, la discrimination et même la déshumanisation, à imposer la supériorité d’un groupe sur les autres dans l’organisation de la société et de l’État.*
Exemple dans un roman : "Les orcs et les elfes ne devraient pas se mélanger, les orcs ne sont bons qu'à servir les elfes."

Dans un récit, le racisme devrait donc s'appliquer à de prétendues races qui ont été construites dans un but de domination, et qui se manifeste à différents niveaux. Si l'analogie que vous faites sort de ce cadre, il est difficile de parler de racisme.
Il existe tout un tas d'autres termes pour parler de discrimination, stigmatisation et autre attitudes négatives à l'égard d'un groupe de personnes, le racisme n'est pas le seul.
Le sexisme par rapport au sexe (homme ou femme, mais ce sont généralement les femmes qui en sont victimes).
L'homophobie par rapport à l'orientation homosexuelle.
L'enbyphobie par rapport au genre non-binaire.
La transphobie par rapport à la transidentité.
Dans certains cas, des discriminations basées sur des critères qui ne sont a priori pas raciaux, peuvent être considérées comme du racisme. C'est le cas de l'antisémitisme et de l'islamophobie.
L’islamophobie, ou racisme antimusulman, est une forme de racisme, d’intolérance et de discrimination envers les musulman·e·s ou les personnes perçues comme tels. Bien qu’elle soit liée à la religion, l’islamophobie ne peut être réduite à une discrimination fondée sur ce seul motif, car elle résulte d’une perception « racialisée » reposant sur divers marqueurs, parmi lesquels l’origine ethnique ou nationale, l’apparence et les caractéristiques culturelles, et peut s’entremêler à des sentiments d’hostilité envers les immigré·e·s, de xénophobie et à des préjugés liés au milieu social.**
Prenons quelques exemples de cas dans la fiction qui ressemblent à du racisme mais qui n'en sont pas en réalité. Par exemple, dans Harry Potter, la stigmatisation des moldus par les sorciers ressemble à du racisme, sans en être (je n'aime pas donner Harry Potter comme exemple à cause des positions transphobes de JK Rowling, mais ça a le mérite d'être connu et de parler à tout le monde). En effet, dans HP, il fut un temps où les sorciers avaient pour interdiction de se mélanger aux moldus, considérés comme inférieurs. Plus tard, ceux qui se mélangent sont considérés comme impurs, au point de devenir des ennemis à abattre. On nage en plein suprémacisme. Mais la construction de race est absente dans cet exemple, même s'il y a cette idée d'infériorité. De plus, cette idéologie n'a pas de conséquence directe sur les moldus (ou très peu), les sorciers vivant dans un monde à part. C'est simplement de la haine envers les individus dépourvus de magie.
Dans le roman Plein Ciel, les personnes à la peau claire sont moins bien considérées que les personnes à la peau foncées. Elles ont de ce fait plus difficilement accès à des statuts supérieurs sur l'échiquier de la classe. Mais ce n'est pas du racisme, car même si la couleur de peau est ciblée, cette stigmatisation se déroule au sein d'une même communauté. On parle de colorisme (inversé dans ce cas-ci).
Vous l'avez compris, étant donné qu'il n'existe pas dans notre monde de discrimination envers des personnages fantaisistes, il faut faire travailler votre imagination pour inventer un terme ou en détourner d'autres, à moins d'avoir réellement fait une analogie du racisme en en prenant toutes ses caractéristiques.
La xénophobie (sentiment de haine ou d'hostilité à l'égard des étrangers ou de ce qui provient de l'étranger) pour parler du sentiment de rejet que, par exemple, les habitants d'un village dans un monde médiéval vont ressentir à l'égard des habitants d'un autre village, cela concerne les individus mais également des habitudes ou des objets issus de ce village ;
La robophobie qui désigne normalement la peur des robots mais qui pourrait se muer en haine des robots dans un monde où ceux-ci fréquentent les humains ;
Le spécisme pour parler de l'utilisation d'individus d'une espèce par une autre pour son propre profit, comme les extraterrestres (idéologie selon laquelle une espèce est plus importante qu’une autre).
Etc.

Concernant les extraterrestres vous pouvez parler de racisme si une race d'aliens est traité défavorablement par rapport à une autre race d'aliens, et ce de manière systémique, OU si vous faites une analogie avec le racisme dans notre société en traitant de sujets tels que l'immigration ou la colonisation***. Pour ça, il faut que :
Un rapport de domination existe entre les humains et les extraterrestres ;
Les extraterrestres fassent face à des difficultés qui vont au-delà de simples insultes (difficulté d'accéder à certains services, stigmatisation, etc.) ;
Des préjugés (même inconscients) existent chez les humains vis-à-vis des aliens avec une idée de suprémacisme des humains sur les non-terriens.
Vous pouvez appliquer ce principe aux autres créatures de l'Imaginaire qui se rapprochent des humains.

J'ai mis la xénophobie à part, car même si le racisme est une forme de xénophobie, la xénophobie n'est pas toujours raciste. Elle a toujours existé alors que le racisme, lui, n'a été inventé qu'au 17ème siècle pour justifier la domination des populations non-blanches par les occidentaux****.
Ce tableau résume bien tout ce que je viens de dire. Il fait un parallèle entre le "racisme anti-blanc" (qui est un terme principalement utilisé par des politiques ou des médias pour promouvoir l'idée que les non-blancs ont un projet qui vise à porter atteinte aux personnes blanches) et le racisme, le vrai.

Si ce qu'il se passe dans votre roman se limite à la colonne de gauche, vous ne pouvez pas parler de racisme. Si cela rentre dans la colonne de droite, alors oui, vous pouvez parler de racisme, même si les individus ne sont pas biologiquement de race différentes car à nouveau, la race est une construction sociale. Notez que point de vue juridique, la couleur de peau et la nationalité étant des critères protégés, une personne blanche pourra légitimement porter plainte si elle a été discriminée sur base de l'un de ces critères.
Sources





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