Alma, la liberté d'expression
- Claire-Eliane Delhove
- 30 déc. 2025
- 14 min de lecture
Vous avez sans doute vu passer la polémique autour de la sortie du premier tome d'Alma de Timothée de Fombelle, en 2020 : la maison d'édition anglo-saxonne de l'auteur français, Walker Books, aurait refusé de le publier car ils étaient mal à l'aise avec le fait qu'un auteur blanc s'approprie l'histoire de la traite négrière à travers les yeux d'un personnage noir.
À ce sujet, le magazine Le Point* écrit :
En effet, Timothée de Fombelle est un merveilleux écrivain, mais il est blanc, ce qui, dans notre époque devenue folle, lui interdit visiblement d'aborder le sujet de l'esclavage.
Dans cette même interview, Timothée de Fombelle dit :
Le plus absurde, c'est tout de même que rien ou presque n'a jamais été écrit sur l'esclavage en littérature jeunesse, qu'avec Alma, de jeunes lecteurs vont enfin avoir accès, sur trois volumes de 400 pages très documentées, à ce sujet qu'ils connaissent peu. Et il vaudrait mieux priver des enfants de cette connaissance plutôt que d'admettre qu'un Blanc soit l'auteur d'un tel livre ? Voilà ce que ce refus de publication signifie : mieux vaut que les enfants n'aient pas accès à ce livre, tant pis s'ils continuent d'ignorer la réalité de l'esclavage.
Je n'ai pas trouvé de réponse écrite de la maison d'édition Walker books, je vais donc vous faire un retour sur la trilogie Alma et les motivations de Timothée de Fombelle pour l'écriture de cette saga, ainsi que sur le traitement médiatique de cette polémique.
PREMIÈRE PARTIE : LE ROMAN
Alma, c'est un très bon roman...
Ce qui m'a le plus plu dans cette histoire, c'est l'intrigue autour de la famille Bassac. Toute l'or de la famille est partie avec le bateau du père Bassac et plusieurs personnes tentent de s'en emparer, Saint-Ange, le comptable de la famille en tête. On a donc droit à des (tentatives de) meurtres déguisés en accident, des tentatives d'extorsion, du chantage affectif, des magouilles politiques, des mariages arrangés, etc. Le tout sur fond de pré-révolution française. Un vrai régal ! Les affaires de la famille Bassac profitant pleinement de la richesse générée par la traite transatlantique (ou européo-chrétienne pour les intimes), on a droit à l'horreur de l'esclavage comme contexte historique.
C'est très appréciable qu'une histoire qui se déroule à cette époque laisse la place à ce qui a fait la fortune de la France et plus largement de l'Europe et des USA. On oublie trop souvent que la richesse se fait sur la chair humaine, mais aussi que les personnes noires font partie de la société française depuis des siècles et méritent de ne pas être effacées dans les œuvres de fiction.
En fin de compte, l'histoire d'Alma et de sa famille n'est qu'une partie de l'intrigue, je trouve ça étonnant que le battage médiatique du roman se soit basé dessus et non sur la révolution française et le sort des classes populaires de l'époque.

... qui possède néanmoins quelques défauts
J'ai trouvé regrettable que Timothée de Fombelle se serve du mythe du bon sauvage pour construire l'histoire d'Alma, alors qu'il a fait beaucoup de recherches historiques. Le peuple Oko (l'ethnie d'Alma) et la vallée d'Isaya ont été inventés pour ajouter une touche de poésie, de magie et d'imaginaire**.
En effet, Alma et sa famille vivent dans un paradis, isolés de tout, au milieu de la nature et des animaux. Ils ne prélèvent que ce dont ils ont besoin, cultivent un petit lopin de terre et vivent dans une cabane avec trois fois rien (Alma critiquera d'ailleurs les meubles précieux et les maisons trop grandes des Blancs, elle dont les affaires tiennent dans une boite). Ils s'habillent chichement, le père possède bien d'autres vêtements, accessoires, et même des armes à feu, mais il les a caché et ne s'en sert pas. Les membres de la famille sont foncièrement gentils, purs, innocents, au point que le vocabulaire d'Alma ne comporte pas le mot "mensonge". Mention spéciale à Soum, le grand-frère handicapé qui ne parle pas et qui ne connait que la bonté.
La critique présente cet aspect du bouquin comme poétique, moi j'appelle ça des clichés. Rappelons que ce sont les clichés qui nourrissent les préjugés qui peuvent ensuite conduire à la discrimination, sans parler du racisme ordinaire ("tu es contente de vivre en Europe, n'est-ce pas ? Nos maisons sont quand même plus confortables que vos cases !"). Pour un auteur qui avait l'ambition d'éduquer les plus jeunes, c'est dommage.
Mais allez, rendons à César ce qui est à César, l'auteur admet que ce paradis n'avait pas pour vocation de perdurer, car on ne peut enfermer des enfants dans une prison aussi paradisiaque soit-elle*****.
J'ai aussi eu beaucoup de mal à m'attacher à Alma. Les membres de sa famille agissent selon leur trace (une sorte de don qui leur confère certaines capacités), et Alma possédant celle de la chasse, elle part à la poursuite de son frère Lam, pris dans le trafic de la traite. Une chasse qui la déconnecte de tout le reste, même le sort des captif·ves l'intéresse peu. Elle se rapproche de personnages par intérêt, puis s'en détourne pour poursuivre son objectif sans trop d'états d'âme, sans penser non plus à ses proches qu'elle croit restés en Afrique. Elle devient plus intéressante quand la trace de la chasse s'amenuise, mais ce n'est que temporaire. Je me suis davantage attachée à Joseph, chasseur de trésor orphelin et miséreux, à la fois moins manichéen et plus altruiste.
Les critiques sont caressées dans le sens du poil
Tout le monde semble avoir adoré Alma. C'est une épopée, une aventure, un roman sur l'esclavage qui enfin ne présente pas les méchant·es blanc·hes contre les gentil·les noir·es***. Les lecteur·ices ont l'air de se sentir rassuré·es par une histoire qu'ils trouvent plus nuancée que d'autres (si ces personnes pensent à des films manichéens comme Django unchained, même des activistes anti-racistes ne les aiment pas). Oui, Alma présente la réalité historique : des chasseurs noirs qui capturaient d'autres noir·es pour les revendre aux bateaux européens ; des royaumes africains qui profitaient de la traite négrière ; une bourgeoisie blanche qui a enrichi sa société grâce aux corps des personnes noires ; des noir·es (et des métis·ses) qui ont tenté de se faire une place dans les sociétés européennes en exploitant également leurs semblables ; un peuple blanc relativement insensible à la condition des esclaves. Il y a, des deux côtés, des personnes qui ont profité de l'exploitation d'autres personnes, ou qui ont tout simplement préféré fermer les yeux sur ces atrocités.
Faut-il se rassurer en concluant que les Blanc·hes ne sont pas méchant·es ? C'est certes vrai, mais c'est aussi l'excuse sortie par de nombreuses personnes dès lors qu'on parle d'esclavage, de colonisation et de racisme : je ne suis pas responsable de ce que d'autres ont fait, me culpabiliser ne sert à rien. Alors que les sociétés européennes se sont construites dessus et continuent de fonctionner grâce au travail des personnes non-blanches, il n'est pas question de culpabiliser les gens, seulement de leur faire prendre conscience du système de domination dont ils profitent. Il faudrait au contraire en tirer les bonnes conclusions : l'économie capitaliste a besoin d'une main d'œuvre pas cher et facilement remplaçable, et nous qui vivons en Europe nous profitons encore du sacrifice de ces vies. Ça ne fait pas de nous des méchant·es qui doivent demander pardon, ça fait de nous des complices dès lors qu'on préfère faire comme beaucoup de personnages dans Alma : détourner le regard. Je ne sais pas si Timothée de Fombelle voulait effectivement rassurer son lectorat, c'est en tout cas le résultat. La faut à la fragilité et à l'ignorance blanche.

DEUXIÈME PARTIE : L'AUTEUR
Pourquoi avoir écrit Alma ?
À Babelio****, Timothée de Fombelle dit ceci :
L’envie de raconter cette aventure est née pendant mon adolescence, quand je vivais en Afrique. En visitant à 13 ans les forteresses de la côte du Ghana d’où on embarquait les captifs vers l’Amérique, j’ai senti comme cette réalité terrible que je pouvais toucher du doigt n’avait jusque là pas intégré mon imaginaire. C’était pour moi un vague savoir, une ombre sur l’Histoire, mais tant que ça ne colonisait pas mon imaginaire, ce n’était pas à l’échelle de ces millions de vies emportées. La littérature peut jouer ce rôle : remettre la vie au cœur de notre mémoire. J’ai mis très longtemps à trouver comment écrire ce livre mais le sujet était finalement déjà dans tous mes autres romans, qui ne parlent que d’exil et de liberté !
Pour avoir moi-même visité ce type d'endroit, en l'occurrence l'île de Gorée au Sénégal, je comprends son choc. Il est vrai qu'on y ressent les fantômes, le poids de l'Histoire. Que cela lui ai donné envie d'écrire à ce sujet n'est pas étonnant, et il l'a fait dans l'espoir que ça apprenne quelque chose de l'Histoire de la traite négrière aux jeunes générations. À son sens, il y a trop peu d'ouvrages de fiction qui parlent de la traite négrière à partir de l'Afrique, la plupart se déroulant en occident*. Il n'a pas tort, mais cette absence en dit long sur le rapport de la France à son Histoire esclavagiste et coloniale (je suis belge et en Belgique on a le même problème). Les mouvements anti-racistes, décoloniaux et de mémoire coloniale font tout depuis des années pour que cela change, avec quelques petites victoires mais rien de fondamental. En se positionnant avec l'écriture d'Alma, Timothée de Fombelle n'apporte pas sa pierre à l'édifice de la lutte, il se place en sauveur blanc.
À propos de l'absence d'œuvre traitant de l'esclavage, je vous suggère la vidéo d'Histoires Crépues. Et une petite liste de romans sur la traite négrière et dont l'histoire se déroule au moins au départ en Afrique, écrits par des personnes noires.
Ségou de Maryse Condé, 1985
La porte du voyage sans retour de David Diop, 2022
Esclaves de Kangni Alem, 2009
No home de Yaa Gyasi, 2016
La saison de l'ombre de Léonora Miano, 2013
Les icones de Kimia de Karen Adédiran Nganda
Le syndrome du sauveur blanc
Au départ, ce concept décrit le comportement des personnes en voyage humanitaire, qui se prennent en photo avec les "petit·es africain·es" et leur apporte une aide qui les maintient en réalité dans une dépendance. Ces sauveur·euses blanc·hes pensent agir par altruisme, mais il·elles ne s'étonnent pas de récolter tous les lauriers alors qu'il·elles continuent de profiter d'un système inégalitaire envers les personnes qu'il·elles estimaient aider.
En littérature, on peut considérer que l'auteur·ice sauveur·euse blanc·he souhaite mettre en avant une cause qui lui tient à cœur, qui l'a touché, par empathie, sans pourtant regarder comment les personnes concernées par ce problème luttent et sans leur accorder de crédit. Timothée de Fombelle le dit lui-même à propos de l'appropriation culturelle :
J'avais connaissance de ces débats, mais j'ai essayé de ne pas y être trop attentif pour ne pas m'autocensurer.
Eh bien il aurait dû. Pas pour sauver son livre, non, on vit en blanchité, sa légitimité ne sera jamais remise en cause par ses pair·es.
Il aurait dû parce qu'on ne peut pas écrire sur l'esclavage sans se soucier de la lutte contre le racisme et de la pression que subissent les activistes dès lors qu'il·elles critiquent la société blanche. Le faire dans ces conditions c'est non seulement de l'appropriation culturelle, mais c'est aussi adopter une posture de sauveur blanc.
Il aurait dû, parce que ce sera sans doute la seule fois de sa vie où on lui refusera un manuscrit parce qu'il est blanc (Alma a trouvé un autre éditeur anglo-saxon sans problème), alors que la plupart des auteurices racisé·es galèrent à se faire publier, pas parce que ce qu'il·elles écrivent est mauvais, mais parce que les maisons d'édition ont des préjugés sur leurs écrits : trop de niche ; un personnage noir ne parlera pas à des lecteur·ices blanc·hes, il faut lui éclaircir la peau ; le personnage racisé ne correspond pas aux stéréotypes qu'on s'attend à trouver chez une telle personne. Et ça se sont de vraies raisons qui ont été écrites noir sur blanc à des auteur·ices racisé·es. Peut-être que s'il y a si peu de livres sur l'esclavage, c'est parce que les auteur·ices racisé·es s'auto-censurent, elle·ux, en ayant en tête le fameux white gaze de Toni Morrison : "What happens to the writerly imagination of a black author who is at some level always conscious of representing one's race to, or in spite of, a race of readers that understands itself to be 'universal' or race-free?" (Qu’advient-il de l’imagination d’un auteur noir qui, à différent niveau, est toujours conscient de représenter sa race auprès de lecteurs qui se considèrent comme “universels” ou exempts de toute considération raciale ?).
Est-ce que cela signifie qu'il n'aurait pas dû écrire Alma ? Si, il pouvait, le livre est bien, ce n'est pas ça le problème. Mais il aurait pu adapter sa posture et reconnaitre qu'il évolue dans un système qui le privilégie au détriment de voix trop souvent invisibilisées.

L'invisibilisation des personnes noires
Je ne m'attendais pas à retrouver de trace de racisme dans Alma, étant donné que le racisme est une construction qui est venue après, même si il y avait des bases durant cette époque (et on le voit dans le roman) : les personnes noires n'étaient pas considérées comme des êtres humains, elles étaient même considérées comme naturellement serviles (merci au christianisme d'avoir participé à ça). Il était cependant possible de parler de la condition des personnes noires en occident en dehors du bouquin, pendant sa promotion.
J'ai lu plusieurs interviews et regardé différentes émissions. À la librairie Mollat, Timothée de Fombelle dit qu'il existe toujours des formes d'esclavage aujourd'hui. Lorsque l'animatrice lui demande pourquoi l'Afrique a-t-elle été esclavagisée, il répond que les gens de l'époque ont justifié ça par le besoin d'une main d'œuvre résistante à des climats chauds, puis par le bien fondé de l'entreprise civilisatrice et évangélique de l'occident sur des populations arriérées. Il souligne que c'était faux et qu'au contraire l'occident a détruit de grandes civilisations là-bas pour son seul profit. Il insiste sur le fait que même si les élites locales africaines ont participé à la traite, "l'appel d'air a été créé par les blancs", et certain·es africain·es ont agit de la sorte par la nécessité de survivre. Dans l'émission de la Maison de la poésie, il dit qu'à travers des personnages comme Amélie Bassac, il a voulu montrer à quel point à l'époque les gens étaient capables de créer la convention des droits de l'Homme, tout en maintenant des africain·es dans la servitude. Il aurait pu ajouter que cette dissonance cognitive n'a pas disparu des sociétés occidentales.
Ce sont les deux seuls moments que j'ai trouvé où il aborde ces sujets de société. Il parlera beaucoup de déracinement, d'exil, d'une quête initiatique***** selon son propre prisme de personne blanche qui a vécu comme un expatrié en Côte d'Ivoire et au Vietnam, ce qui selon moi n'est pas comparable, par exemple, au vécu de la migration dans un pays occidental lorsqu'on est noir ; il parlera de s'adresser aux passionnés de bateaux et d'Histoire (de l'esclavage), aux convaincus (qui ?), et d'intéresser les autres (qui ?). Ma grande question est : où sont les personnes noires là-dedans ?
Une chose rigolote, il dit dans l'émission La grande librairie à un enfant qui lui demande comment écrire une rédaction :
Se faire confiance, faire confiance à son expertise. Un enfant de 13 ans, de 14 ans, c'est le spécialiste mondial de sa vie de collégien de 13 ans, de 14 ans. Si moi j'essaye d'écrire sur lui, je serai nul. Totalement nul. Lui il est prix Nobel de garçon de 13 ans qui raconte une histoire.
Ça ne l'a pas empêché d'écrire Alma, petite fille noire de 13 ans.

TROISIÈME PARTIE : LE TRAITEMENT MÉDIATIQUE
La croisade anti-anti-racisme
Il suffit de voir les articles de presse qui sont sortis suite au refus de Walker Books : "une époque devenue folle*", "Mais si toutes les œuvres pour la jeunesse sont aseptisées ou si aucun auteur ne peut écrire sur un sujet sous prétexte qu’il n’a pas le bon pedigree, qu’il n’est pas issu de la bonne caste ou du bon clan religieux, alors nous dénions à nos enfants tout un pan de la réflexion" (le figaro), "le dernier roman de Timothée de Fombelle menacé de boycott aux États-Unis" (encore le figaro), "Importée en France via les intellectuels, cette théorie (l'appropriation culturelle) est désormais reprise par des activistes qui lancent des pétitions pour interdire des œuvres et radicalisent le mouvement via les réseaux sociaux" (la croix). Des articles qui, au nom de la liberté, discréditent en réalité le combat de celles et ceux qui subissent les conséquences de l'esclavage et de la colonisation, dont le racisme. Le fait que ces journaux soient proches de la droite conservatrice et de l'extrême droite n'a rien d'étonnant. La liberté ne les intéresse pas, ce qui compte c'est de maintenir le statut quo et de faire passer les anti-racistes pour les vrais racistes et les Blanc·hes pour des victimes du racisme. Le refus de Walker Books tombe à pic, il·elles peuvent ainsi dérouler leur narratif anti-bien-pensance en plaçant monsieur de Fombelle comme une victime blanche d'une société "devenue folle".
L'hypocrisie de tels énergumènes est sans nom. Ce sont justement les textes écrits par des Blanc·hes qui sont les plus aseptisés pour ne pas heurter la blanchité. On évite de nommer les choses : racisme, suprématie blanche. Et ce sont ces mêmes personnes qui crachent sur les sensitivity readers (ou démineur·euses éditoriaux·ales) qu'il·elles voient comme des censeur·euses, des grenouilles de bénitiers qui sont présenté·es comme voulant aseptiser l'Art, alors que le seul objectif des relecteur·ices sensibles, c'est un art plus respectueux de personnes dont l'identité est maltraitée au quotidien. Oh oui, ça fait peur de ne "plus pouvoir rien dire" (autrement dit, de ne plus être raciste). Certain·es d'un côté sont certainement convaincu·es d'agir pour le bien, d'autres en revanche savent très bien ce qu'il·elles font. Le résultat dans les deux cas, c'est qu'on n'avance pas sur les problèmes des gens qui se battent depuis plusieurs génération pour vivre dans une société qui les respectera enfin.
La nécessité d'une mémoire de l'esclavage colonial
Ça aurait été formidable que Timothée de Fombelle interpelle ces journalistes pour leur demander de ne pas instrumentaliser son cas pour leur croisade raciste. Mais il n'en a rien fait. Présenté comme humaniste par ces mêmes journalistes, sa posture est très confortable : il parle d'une histoire passée sans en dénoncer les dérives actuelles. Il aurait été de bon ton qu'ils s'associent à des organismes décoloniaux et de mémoire de l'esclavage, pour donner de la visibilité à un devoir de mémoire dont la problématique dépasse le simple fait d'être informé·e sur l'Histoire et cherche à atteindre un niveau de justice tel que le vivre-ensemble devient possible, aussi bien pour les descendant·es des esclaves que pour les descendant·es des colons.
Alma aurait pu être un premier pas, mais l'histoire est terminée et les médias ainsi que les acteur·ices de la sphère littéraire ont préféré soit condamner la lutte anti-raciste, soit faire comme tous les Blanc·hes de la saga : fermer les yeux et vivre leur aventure.

CONCLUSION
L'histoire d'Alma et la polémique autour de sa publication n'est qu'un grand symptôme d'une société blanche aveugle. Faire semblant de ne pas comprendre à quoi sert réellement le concept d'appropriation culturelle relève du déni. Pour rappel, rien n'interdit à un homme blanc d'apprécier une culture et une histoire qui n'est pas la sienne (c'est l'appréciation culturelle), mais il doit être vigilant à ne pas en réalité profiter de cette culture et de cette Histoire en laissant de côté les personnes qui y sont liées.
On a pourtant cruellement besoin d'allié·es blanc·hes, car il ne faut pas se leurrer, dans une société blanche raciste, les voix des personnes concernées seront toujours invisibilisées malgré tous leurs efforts.
Bravo à monsieur de Fombelle pour son joli roman, lisez-le si vous aimez les histoires complexes et bien fichues. La lutte contre le racisme, elle, a commencé sans lui et elle continuera sans lui.





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